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Facilitatrice d’un groupe d’entendeurs de voix, pourquoi ?

mardi 6 décembre 2011, par REV France

Facilitatrice d’un groupe d’entendeurs de voix, pourquoi ?

Comment ai-je eu envie de faciliter le premier groupe d’entendeurs de voix en France ?

par Sonia J.

Après une journée de formation avec Ron Coleman (ex-patient psychiatrique devenu consultant et formateur au rétablissement en psychiatrie) et sa femme, Karen Taylor (ex-cadre de santé en psychiatrie), je me suis tout de suite dit : tout cela m’est destiné, je veux absolument faire comme les britanniques, je veux que des groupes comme ceux qu’ils animent là-bas existent aussi chez nous. Et comme mon psychiatre m’avait diminué progressivement mon traitement et que mon psychologue me considérait comme guérie, nous avons pu, un psychologue-stagiaire et moi, obtenir le prêt d’une salle par la mairie et démarrer le groupe. J’étais moi-même en pleine forme car la formation m’avait fait redécouvrir mon idée première, à savoir que je n’étais pas malade et ne l’avais jamais été, que j’étais seulement différente des autres et j’ai eu envie d’insuffler cette notion à tous ceux qui m’entouraient. Ce qui m’a vraiment poussée à faciliter un groupe, c’était la notion d’entraide. Je voulais vraiment que d’autres comme moi vivent le rétablissement.

Qu’est-ce qui me permet de faciliter efficacement un groupe ?

Tout d’abord mon parcours. J’ai vécu jusqu’à aujourd’hui absolument tous les phénomènes peu ordinaires que beaucoup d’entre nous expérimentent dans leur corps, je veux dire que mes cinq sens, en y ajoutant le troisième œil ou l’intuition, comme vous souhaitez l’appeler, ont été touchés de manière douloureuse ou au contraire doucereuse à des degrés divers. Cela me permet d’avoir une empathie parfaitement consciente avec les membres du groupe. Cela ne signifie pas que je sache tout, car les degrés d’expérience et les expériences elles-mêmes sont propres à chacun(e), mais je peux comprendre tout de suite ce dont on parle, même par sous-entendus. Ensuite, j’ai le manuel de Ron sous les yeux et peux le faire mettre en pratique dans le groupe, ma connaissance de l’anglais m’aidant, bien-sûr (le manuel de Ron Coleman est en cours de traduction en français).
Enfin, j’ai mon idée directrice toujours à l’esprit : pour moi, le monde est plus vaste qu’on ne le croit. Il n’est pas fait que de corps physiques, il y a aussi l’AILLEURS, les autres dimensions dont parle Carl Gustav Jung, qui pour certains de nous sont aussi réelles que le réel (non pas forcément matérielles mais réelles). J’adhère aussi aux deux courants de pensée qui expliquent l’origine de nos phénomènes peu-ordinaires. L’un étant que nos « portes » s’ouvrent à partir d’épreuves, de traumas si vous voulez. L’autre qui apparente nos phénomènes à un don (que les voyants, médiums, spirites en tous genres utilisent dans leur vie quotidienne). Pour moi, les deux ne sont pas incompatibles. La seule différence apparaîtra dans la façon de traiter ces phénomènes. Le premier se concentrera d’abord sur l’analyse du trauma pour en arriver ensuite au profil des voix, visions etc… (le fameux « construct » de Romme et Escher, voir ci-dessous la note explicative) et amener ainsi l’interlocuteur à composer avec celles-ci, à mieux les gérer ; la deuxième pratique pourra presque se passer de l’analyse, la biographie de l’interlocuteur important peu dans ce cas-là, seulement apprendre à diminuer l’impact des interférences dans la vie de tous les jours devrait être le but de tout bon psychiatre.

Qu’est-ce qui me fait croire en l’avenir de ces groupes ?

Tout d’abord ce sentiment de libération, cette bouffée d’air frais que le groupe apporte aux personnes qui ont été diagnostiquées schizophrènes, psychotiques ou bipolaires, mais aussi le fait qu’il y a déjà eu des retombées spectaculaires sur certains membres du groupe : l’un d’entre nous a quitté la maison de ses parents pour s’installer dans son propre appartement, et dès le premier jour, une voix positive et aidante s’est fait entendre par lui. Une autre personne n’entend plus de voix du tout et vous serez surpris d’apprendre qu’elle en est bien attristée car ses voix étaient gentilles ; on lui diminue donc son traitement médicamenteux. Une troisième idée qui me fait croire en l’avenir de ces groupes, c’est qu’en Grande-Bretagne ils existent déjà depuis dix ans (ces anglais sont tellement pragmatiques !) et le mouvement se développe internationalement avec, en l’occurrence, l’organisation INTERVOICE, donc si l’on comprend bien la France a un retard d’au moins dix ans à combler, c’est peu dire !

Pour marquer notre optimisme cette année, notre groupe a fêté la Journée Internationale des entendeurs de voix, le 14 septembre, comme il se devait : un repas entre nous et une soirée cinéma ; ce jour-là (et ce jour-là seulement), au cinéma d’art et d’essais du coin, on montrait le dernier film français sur Jeanne d’Arc : « Jeanne Captive ». Qui me dira que le hasard existe ???

Note : Le « Construct » désigne une reconstitution de l’histoire de la personne intégrant les voix, destinée à répondre à deux questions : qui représentent les voix et quels problèmes représentent-elles ? Il peut être construit à partir des réponses au Questionnaire de Maastricht de Romme et Escher.

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