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Forum le 24 octobre : "Accompagner le sevrage médicamenteux en psychiatrie", avec Will Hall et Adam Jhugroo

lundi 12 octobre 2015, par REV France

Connaissez-vous un psychiatre qui pourrait m’aider à arrêter les médicaments ?

A cette question (qui nous est souvent posée au sein du REV... juste après "connaissez-vous un psychiatre formé à l’approche du REV ?"), voici ce que répond Will Hall...

« Beaucoup d’incompréhensions entourent l’idée de trouver un "bon" psychiatre. Si, dans tout processus de traitement médicamenteux, il peut être vital de bénéficier du soutien et de la compréhension d’un professionnel de la médecine, les médecins véritablement coopératifs sont rares et dispersés. Il n’y a aucune raison de s’arrêter dans un processus de réduction de traitement médicamenteux simplement parce que vous n’avez pas le médecin idéal pour vous dire ce que vous devez faire. J’ai souvent vu des psychiatres qui déclaraient n’utiliser les médicaments "qu’en cas de besoin", avoir une approche "holistique" ou ne prescrire que des "doses faibles", entretenir une confusion chez leurs patients du fait de leur biais pro-médicaments. "En cas de besoin" veut finalement dire "à chaque fois qu’il y a des difficultés", "holistique" signifie qu’on peut prendre des compléments alimentaires du moment qu’on continue à prendre ses médicaments et, au bout du compte, les "faibles doses" se révèlent n’être rien d’autre que le dosage minimal "thérapeutique" recommandé par les compagnies pharmaceutiques.

Parfois, notre recherche d’un "bon" psychiatre reflète notre représentation de problèmes de santé mentale qui seraient exactement similaires à des problèmes physiques - ce qu’ils ne sont pas. Ou alors, la recherche d’un bon psychiatre reflète la peur de l’inconnu et l’espoir qu’un expert sache mieux que nous ce qu’il serait bien de faire - ce qu’il ne sait pas. Nous pensons aussi parfois que nous ne pouvons pas prendre nous-même la main en ce qui concerne la réduction d’un traitement médicamenteux ou qu’un soutien ne peut venir que d’un docteur. Il nous faut travailler à égalité avec notre prescripteur, en voyant que leur rôle est limité et en jouant un rôle actif dans le fait d’apprendre et d’obtenir du soutien pour le processus de changement de vie que cela implique... et qui est beaucoup plus vaste que seulement décider d’un dosage. Une réduction réussie des médicaments passe habituellement par le fait de prendre un rôle actif dans le processus - et même d’instruire nos prescripteurs.

Les psychiatres ne sont pas indispensables à la prescription : un médecin généraliste peut prescrire. Il arrive (et cela arrive même souvent) que les gens choisissent les dosages en coopération avec des pharmaciens lorsque leur prescripteur n’est pas coopératif. Les questions liées aux psychotropes ne relèvent pas de procédures médicales : les psychotropes ne traitent pas des maladies comme les antibiotiques traitent des infections. Ce sont des processus de changement de vie et un entretien de 20 minutes tous les deux mois n’a souvent pas grande signification dans un changement de vie. Et même lorsqu’un psychiatre se présente avec autorité et de manière très assurée, il n’en travaille pas moins par devinette : si vous allez voir plusieurs médecins et que vous comparez leurs conseils, vous vous retrouverez avec des ensembles de recommandations très différentes. Vous réaliserez rapidement qu’en ce qui concerne les questions de santé mentale, leur autorité est plus celle d’une posture et d’un rôle que d’une quelconque certitude.

Si l’expertise dans la réparation d’une jambe cassée est appropriée à l’autorité médicale, réparer un cœur brisé, faire face à des émotions, des traumatismes, des problèmes existentiels et des changements de vie fait appel à plus qu’une procédure médicale. C’est un processus humain qui requière des relations de soutien, l’expression d’émotions et de l’écoute, pas une attitude adaptée à la réparation d’une machine. J’encourage les personnes à prendre leurs propres décisions au sujet des substances psychoactives qu’elles utilisent et la façon dont elles les utilisent, en s’appuyant, au besoin, sur des experts, mais en gardant à l’esprit que c’est à vous de prendre les décisions qui concernent votre vie. Les comprimés sont toujours enveloppés dans un tissu de relations et de significations, or les médecins ne sont pas formés aux relations et aux significations. S’en remettre à une autorité médicale qui traite le cerveau, par la personne, c’est souvent s’exposer à des problèmes supplémentaires. »

Et vous, qu’en pensez-vous ? Venez vous informer et en débattre avec Will Hall et Adam Jhugroo, samedi 24 octobre, à 13h, à la Maison des associations - Salle Basse - 181 Avenue Daumesnil, Paris 12e.

Adam Jhugroo est un infirmier psychiatrique anglais qui s’est fait une spécialité d’accompagner les personnes qui envisagent de réduire leur traitement psychotrope.
Will Hall, militant américain, consultant et formateur en santé mentale, est l’auteur d’un guide pratique "pour la réduction en sécurité des traitements psychotropes", traduit dans une quinzaine de langues.

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